Seuls les spécialistes de Brahms connaissent Gustav Uwe Jenner, son élève et protégé. Auteur de lieder et de pièces de musique de chambre, Jenner suit le modèle de son maître jusqu'au mimétiisme, mais ce modèle est bien assimilé, comme on le voit dans la Première Sonate pour violon et piano, composée pendant ses études avec Brahms: les motifs sont reliés entre eux par dérivation, selon les principes du maître, la forme est cyclique, les lignes mélodiques du piano et du violon se croisent systèmatiquement. Le violoniste Rainer Schmidt (membre du Quatuor Hagen) et la pianiste Saiko Sasaki connaissent parfaitement ce style et, de plus, ils ont l'habitude de jouer ensemble. Cela s'entend. Le matériau thématique de la Sonate no. 2 est d'une expression plus sereine encore. Cette musique témoigne du niveau élevé qu'avait atteint, à la fin du XIXe siècle, ce type de production omniprésente et anonyme. La dernière sonate est la plus personelle des trois: les idées musicales y sont moins lisses, moins complaisantes, et les différentes sections s'articulent d'une façon à la fois organique et inventive.