On ne connaît que très peu l'œuvre instrumentale d'Agostino Steffani, ce compositeur italien dont la carrière trouva son aboutissement dans les cours allemandes. Egalement diplomate et évèque, cet auteur autrefois illustre avait pourtant su briller musicalement avec ses duetti da camera qui, approchant la perfection dans leur forme, annonçaient le genre de la cantate. Des compositions vocales, nous avions déjà eu un bel aperçu, avec les remarquables exécutions du Concerto Vocale (harmonia mundi, 1994), mais rien ne laissait présager une équivalence dans le domaine instrumental. C'est donc tout à l'honneur des Sonatori de la Gioiosa Marca que de combler ce vide discographique, et ce avec habileté et enthousiasme. Riches en effets, en contrastes, et en dynamiques variées, ces pièces s'imposent avec évidence lorsqu'elles sont, comme ici animées de cette fougue et de cette rythmique audacieuse que l'on sait propres à ces musiciens. A la lumière de cette interprétation flamboyante, ces suites dévoilent toute leurs variété formelle, où l'on passe d'un rythme dansant à un langoureux largo, où les coups de tonnerre tonitruants alternent avec la douceur d'un écho lointain. Les cordes sont vivantes, l'expression souple, flûtes et hautbois d'une fraîcheur et d'une clarté délicieuse. Chaque intervention est admirablement dosée et mise en valeur par un sens aigu du phrasé et des articulations. A la maîtrise de la multiplicité des timbres et des effectifs instrumentaux, s'ajoute une palette de percussions qui, très adroitement, cisèle l'architecture rythmique. Loin d'une démarche trop traditionelle, les Sonatori misent sur l'inattendu et les effets du surprises, mais sans jamais leur sacrifier justesse ou intensité: le matériau sonore demeure très homogène, équilibré dans les contrastes tutt/soli, élégant et lyrique dans les largos, ébouriffiant dans la vitesse. Fantaisie, inventivité et humour dessinent ainsi une scène théâtrale, où les «dei ex machina» épicent du sel baroque la comédie humaine. La lecture intelligente et très lucide qu'en font ici les musiciens semble recréer sous nos yeux les intermèdes d'une pièce haute en couleurs, d'un univers bariolé ou tout événement tragique côtoie sans paradoxe la légèreté d'une danse, où Pantalone et Arlequin s'emboitent le pas. Mieux qu'indispensable!