Agostino Steffani appartient à la génération de musiciens qui, vers 1680, diffuse outre Rhin la suite de danses standardisées par Les Vallons du Roy. Initiateur aux côtés de Muffat de la réunion des goûts européen accomplie une génération plus tard par Couperin et Telemann, il compose pour Hanovre des opéras «polyglottes» - l'orchestre s'exprime dans la langue de Lully et les chanteurs dans delle de Cavalli. On peut suivre les métamorphoses de ce caméléon en comparant ses Duetti da camera (très belle version parue chez Glossa), son Stabat Mater (dirigé par Leonhardt, DHM) et des suites d'orchestre (extraites de ses opéras) par les Sonatori de la Gioiosa Marca. L'entrée du Ballet des Nymphes et des Sylvains s'avance comme une certaine Marche pour la cérémonie des Turcs et la Chaconne finale du Ballet des héros et das amazones parle sans accent de langue du Surintendant. L'engouement des cours francophiles pour ces danses fut tel que l'éditeur hollandais Roger publia des suites extraites des opéras de Steffani. Les Sonatori ont eu la bonne idée de confronter les versions publiées aux compositions sceniques, préférant par exemple la version originale de l'Ouverture d'Henrico Leone. Dans celle-ci, Steffani expérimente un effet saisissant: la reprise du fugato est ouverte par les acclamations de marins implorant la miséricorde des Cieux quand leur navire sombre dans la tempête, tandis que des percussions (indiquées par l'auteur) font entendre les roulements du tonnerre! Les Sonatori s'aventurent pour la première fois au disque dans une musique du Grand Siècle - de style si ce n'est de naissance. Très probablement documenté chez Muffat, leur travail sur l'archet français et les tempos mérite les plus hauts éloges. Plus proche du Florilegium Primum de Muffat par Gunar Letzbor que du Lully de Jordi Savall, il exalte la variété choréographique des danses. Des musiciens non français peuvent semble-t-il nous apprendre beaucoup sur l'orchestre lulliste a condition de ne pas se laisser aveugler par leur défiance, comme récemment Reinhard Goebel... Extraite de son contexte dramatique, la musique orchestrale de Steffani trahit quelques faiblesses. On espère donc que l'enregistrement intégral d'un de ses opéras lui rendra bientôt justice - ce que ne fit pas la Lotta d'Ercole parue il y a quelques années.