4/2001

Classica

5 sur 5

Le modèle artistique français rayonne à ce point dans l'Europe de la deuxième moitié du XVIIe siècle que la musique d'un Agostino Steffani, compositeur italien en poste en Allemagne (Munich, puis Hanovre, où Haendel lui succède), bruit tout entière des rythmes pointés caractéristiques des ouvertures à la française. Les ouvertures et musiques de ballet qu'interprètent ici les Sonatori de la Gioiosa Marca sont extraites de quatres opéras de Steffani, composés sur le modèle de la tragédie en musique: Henrico Leone (Hanovre, 1689), sur un sujet historique allemand, se taille la part du lion avec I Trionfi del Fato (Hanovre, 1695), d'après Vigile et Ovide: s'y ajoutent des extraits de Niobe Regina di Tebe (Munich, 1688) et d'Il Tassilione (Düsseldorf, 1709), dont l'ouverture avec chœur («amor vien dal destino») constitue la dernière plage de ce CD. Aux danses royales (menuets, rondeaux et autres gavottes) s'associent les pompeux échos de la musique militaire (marches dans les ballets des Nymphes et des Sylvains, puis des Démons et des Furies d'Henrico Leone), laquelle se développe alors en France (notamment grâce à Lully et à Philidor l'Aîné) et dans toute l'Europe. Tout emplie de ces bruits de guerre et de ces fastes royaux, la musique de Steffani fait également la part belle aux effets pittoresques, avec des imitations du vent et de la tempête. Les Sonatori de la Gioiosa Marca - qu'on avait eu le plaisir de recommander en février dernier pour «concerto stravagante» - s'entendent à merveille pour interpréter cette musique italienne... alla francese, à moins qu'il ne s'agisse d'une musique française all'italiana.