Formation suisse fondée en 1981, Grand Prix d'Evian l'année suivante, le Quatuor Amati a notamment gravé la meilleure version de l'Opus 77 de Haydn (malheureusement sans le Quatuor op. 103 inachevé). Il revient à ce compositeur avec les derniers quatuors de l'Opus 50 (les trois premiers ne devraient pas tarder). Pour cette série de 1787, ses concurrents les plus sérieux sont le Quatuor de Tokyo (DG) et le Quatuor Nomos (CPO), dont les versions datent de 1973 et de 1992-1993: le premier se caractèrise par un style incisif et nerveux, le second par des sonorités plus éclatantes, plus epaisses, dues en partie à l'enregistrement. Le Quatuor Amati se situe entre les deux, ce qui ne signifie pas qu'on ait là un «juste milieu» au mauvais sense du terme. Il joue Haydn de façon aussi incisive que les Tokyo, mais avec davantage de finesse. On s'en aperçoit d`s l'«Allegro spiritosa» initial du Quatuor no. 4 en fa dièse mineur, une des pages les plus «schubertiennes» - et les plus difficiles - de Haydn. Extraordinaire fugue finale est prise assez rapidement, ce qui lui évite, comme cela se produit trop souvent, de se désagréer en cours de route, et les doubles variations tenant lieu de deuxièeme mouvement apparaissent idéales. Dans l'Opus 50 no. 6, dit «La Grenouille» en raison des procédés de bariolage de son finale, les différences entre les Quatuors Nomos et Amati se manifestent avec encore plus d'évidence, en raison de la tonalité de l'ouvrage (ré majeur). Moins brillants que les Nomos, les Amati insistent sur le côte intime, «de chambre», de cette musique: une rencontre au sommet, en quelque sorte. En 1982, les autographes des Quatuors op. 50 no. 3 à 6 furent découverts dans un faubourg de Melbourne, en Australie. On regrette que ni les Nomos ni les Amati n'en tiennent compte, en particulier dans le trio du Quatuor no. 3 en fa majeur, où la version éditée, en usage depuis toujours, n'a presque rien à voir avec les intentions du Haydn.