10/1991

Diapason

Splendide panorama de la littérature suisse pour quattuor à cordes. La première génération moderne, en ce domaine hautement sélectif, regroupait des maîtres comme Honegger, Bloch, Schoeck ou Conrad Beck. Aujourd'hui, l'influence de Franck Martin continue à marquer l'école suisse-allemande, l'un des derniers messagés musicien étant justement ce Quattuor longtemps controversé puisque l'auteur y réemploie des partitions anterieures. Terminé en 1967, il fut considéré comme étranger aux règles du quattuor moderne privilégiant la polyphonie et une complexité harmonique au moins égales à celles des quattuors de Schönberg. Adepte de l'écriture dodécaphonique depuis le Trio à cordes (1936). F. Martin redonne peu à peu la primauté à la voix, qu'elle soit humaine ou instrumentale comme dans les concertos de la fin de sa vie ou dans ce Quattuor où l'accent est mis sur la ligne mélodique, sur le timbre pour sa splendeur, sur le rythme pour sa signification con anima. Le Lento initial forme un récitatif rappelant l'ultime Concerto pour alto de Bartók. Le Prestissimo a le caractère d'une toccata, tandis que le Larghetto semble résumer l'essentiel du message d'un humaniste qui vécut toujours dans le souvenir des arias de Bach tout en les illuminant de tendresse latine et méditeranéenne. Le finale est un hommage indirect à Honegger, danse immatérielle d'ombres heureuse rejoignant le Paradis. Les quattre autres partitions permettent de rendre hommage au styliste post-scriabinien que fut Vogel, ouvrant la voie aussi bien au «classicisme» musclé de Haller qu'à l'expressionnisme superbement structuré de Kelterborn. L'excellant Quattuor Amati restitue ces styles fortement contrastés avec lyrisme et passion, imposant en particulier la transparence et la séduction du Quattuor de Frank Martin.

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