La phalange vénitienne d'instruments anciens des Sonatori avait révolutioné la discographie vivaldienne. Avec cet impressionant récital consacré aux sonates et canzone publiées à Venise à l'aube de l'ère baroque, elle s'impose désormais dans un répertoire qui ne lui était pas vraiment familier. Outre la cohésion impeccable jusque dans la virtuosité la plus profuse (époustouflante Sonata XV de Castello), les sonorités amples et chaleureuses, on admire ici l'articulation raffinée, d'une extrême variété mais jamais démonstrative: staccato nerveux et volubile, délicat tremolo (Sonata a 3 de Turini), et même généreux legato pour les moments de grande intensité lyrique. Mais plus que la prouesse technique, c'est l'interprétation qui impressione par sa fougue et son intensité émotionelle, et par son attention scrupuleuse aux innombrables effets dramatiques que recèlent ces musiques si avides d'expression: les subits changements de tempos et de rhytmique, les dissonances inattendues et les références choréographiques sont soulignées avec art et intelligence, pour former une véritable leçon de rhétorique, tout en contrastes et en surprises délicieuses.