Après un disque consacré à «l'héritage des Frescobaldi», l'interprète a voulu, sur cet orgue de 1779, montrer comment il entend quelques unes des cinquante sonates de Scarlatti qu'il juge écrites pour l'orgue. Non seulement celles-ci «s'adaptent» très bien, mais elles sont aussi convaincantes à la tribune qu'on ne peut plus douter que le compositeur n'y eût songer. Les indications des manuscrits le confirment parfois. Au clavecin comme à l'orgue, Scarlatti joue sur toute l'étendue du clavier, et presque sur toutes les hauteurs de joux ( un 4 pieds pour la première section de K. 513, plage 9, et un 2 pieds pour K. 391, plage 13). Ainsi K. 287 et 288 (plages 16 et 17), de même que K. 328 (plage 7), qui contiennent des indications de registration, se révèlent-elles plus lisibles. Certes, depuis quelques années, beaucoup ont eu l'idée de donner, en récital d'orgue, quelques une des 555 pièces (on les dit plus nombreuses encore!) de ce napolitain devenu madrilène. C'est oublier un peu vite que le choix de l'une ou de l'autre, pour l'instrument é tuyaux, est moins arbitraire, ou libre, qu'il ne semble. Notons que certaines des sonates données ici sont si célèbre qu'on aurait gagné en intérêt à en prendre de moins connues. Pour l'orgue, les sonates au caractère marqué de pastorale sont particulièrement indiquées, au point que dans le presto de K. 513 (plage 9), Marcon reste sage. Si l'on se souvient qu'au XVIIIe siècle, bien des mécènes italiens possèdaient, en leurs palais, de nombreux orgues de bonnes dimensions, et si l'on n'oublie pas qu'en ce temps-là, ces instruments n'étaient pas considérés uniquement comme des supports à la liturgie, on se demandera, non seulement pourquoi les sonates seraient toutes jouées au clavecin, mais aussi pourquoi n'avoir pas tenté l'expérience accoustique de les enregistrer sur un orgue placé dans un salon.D'autant que dans le disque de Marcon, le contrepoint sévère (plage16), côtoie de célèbre bis dont les clavesinistes font leurs beaux soirs (plage 17). Mais Andrea Marcon, professeur de clavecin à la Schola Cantorum de Bâle, trouve tout de même l''attitude et le ton juste. Les anches courtes lui répondent prestement et tous les timbres, de la vox humana à la flûtes à fuseau, coucourent à son jeu habile, d'ailleurs plus incisif que chantant. En effet clarté et transparence ne masquent pas toujours des tics énérvants, comme le maniérisme sec du relevé de la touche. On lui passera ce travers tant ces sonates intriguent, jouées commes elles le sont ici.