Voici comment on dansait autrefois dans les salons bourgeois, devant un simple piano, et si l'on en croit - par exemple - les nouvelles de Tchkhov, à n'importe quelle heure de la journée. C'est un esprit gai, souplement festif que nous transmet ce programme. Répertoire Löger ou pas, le pianiste est impressionant dans se recherche de précision et d'inventivité sonore. Le Menuet D 600 isole à la perfection ses plans, entre les piqués de la basse "à la Glen Gould" et les tenues de la voix centrale. Les 16 Danses allemandes commencent avec de solennels rebonds d'unissons et l'enregistrement ajoute malicieusement à cette solennité en donnant à chaque rebond un écho intermédiaire. La gravité de la danse y gagne, et avec elle le sentiment qu'il y a là un mystère joyeux.
Le programme entier équilibre de façon modeste très intelligente ce répertoire modeste par une interprétation très exigeante, comme s'il était dit: "permettez, la fête, c'est un moment crucial, sacré." On sourit parfois de ces valses antérieures à Chopin, immobiles, bénignes, sur lesquelles on n'imaginerait plus aujourd'hui que la danse de petits animaux dressés.
Attention, la pochette affiche neuf plages alors que le disque en a dix "la "neuvième" réunit les réelles neuf et dix.
Jacques Amblard