Agée de quarante ans, cette pianiste japonaise effectue une carrière discrète, mais cet enregistrement devrait attirer l'attention sur sa personnalité raffinée. Dans la sonate de Haydn, son jeu à la fois rond et précis séduit d'emblée. Rien de crispé ni de pointu dans ses phrasés, mais l'esprit est aigu et la sensibilité, délicate. On y sent tout à la fois la fièvre expérimentale de Haydn, l'équilibre du goût et le naturel de l'interprétation. Dans les "Variations Duport", Atsuko Seki a ce petit sourire dans les doigts qui la classe dès les premières notes dans le clan des mozartiennes "d'instinct". Rien de forcé ni de maniéré dans ce jeu qui coule de source sans omettre les richesses de l'écriture. Schubert, en revanche, apparaîtra un peu sucré à des oreilles attachées à l'austérité d'un Serkin ou à la pureté d'un Lupu. Atsuko Seki se garde bien d'être sentimentale, mais sa nature féminine prend le dessus sans que cela ait rien de déplacé. La musique paraît plus salonarde (ce qui n'est pas un contresens absolu) mais reste très aristocratique. Ceux qui ne sont pas allérgiques à une élégance très légèrement affectée adoreront ce chic viennois.
Olivier Bellamy