1/2001

Diapason

Avant tou, on est heureux de retrouver au catalogue ce Joseph, fils de Jacob, joyau de l'oratorio romain où Luigi Rossi appose sa touche de lyrisme éperdu qui le distingue de son cadet Carissimi plus soucieux de théatralité pure et de dramatisme. Pourtant, la version de la CappellAntiqua basée à Berne - n'est pas tout à fait celle que nous pouvons espérer en ces temps où l'excellence dans le réveil du Seicento tend à se faire, un peu partout, réalité. Certes, la présente approche affirme sans équivoque son identité (et sa sensibilité) baroque avec un ensemble instrumental qui n'est jamais pris en défaut, quant au style supposé «d'époque», mais c'est par la direction du chef que cette reconstitution pèche. Le trop prudent Bernhard Pfammatter, par excès de rigueur métrique, bride souvent les élans d'un «concert» de chanteurs valeureux (à l'exception d'un alto au timbre éprouvant, monochrome). En revanche, les sopranos de Nadia Ragni et d'Elisabetta Tiso vibrent et palpitent, modèles de liberté et de nobile sprezzatura, en dépit des injonctions du meneur de jeu. Tel quel, on ne méprisera pas cet album, eu égard au choc de la (re)découverte qu'apportera à beaucoup la rayonnante vocalité de Rossi qui éclipse ici l'émouvante Historia di Ezechia de Carissimi, de dimensions (et d'ambition) plus modestes.