Deux versions baroques aux antipodes l'une de l'autre de la «scie» la plus célèbre de Vivaldi. Les Saisons, viennent piquer notre curiosité. Les deux sont, en effet, remarquables dans leur registre, le style adopté ou le soliste qui emène l'orchestre. Ce sont, pour la plus ancienne, celle du violoniste Giuliano Carmignola et ses Sonatori de la gioiosa marca (Divox), et, pour la dernière, cell de Fabio Biondi et son Europa galante (Virgin). Le premier s'inscrit dans une tradition qu'on dirait volontiers «musiquante», marquée au sceau du bon goût et du respect de la belle sonorité. Ce sont, d'abord, quatre Concerti instrumentaux: la lumière de Venise et les vives couleurs de Vivaldi y trouvent leur compte. Fabio Biondi, lui, ne peint pas la musique, mais la nature dans tous ses débordements que Vivaldi cherche à dépeindre: une manière de retour à l'original. Si vous ne vous épongez pas le front dans la touffeur du second mouvement de l'Eté, c'est que vous êtes sourd! Mais ça n'est pas que l'effet pour l'effet. Biondi prend tous les risques qu'un virtuose hors du commun peut prendre à la manière d'une Martha Argerich. La récompense est au bout du risque: quelle liberté! Quelle imagination! Ici ce sont les saisons avec leurs ombres mysterieuses et leurs lumières aveuglantes.