12/1996

Répertoire

8 de Répertoire | Téchnique 9

Fascinante exhumation! Au chapitre Legrenzi, nous n'avions jusque là pas grand chose et les Sonatori comblent une brûlante lacune qui,mise en perspective avec le Caldara de Jacobs, enrichit notre connaissance de l'oratorio vénitien de la fin du XVIIe . La morte del cor penitente fut vraisemblablement écrit our la Fava de Venise vers 1671, au moment où Legrenzi est maìtre de chapelle (là même où 27 ans plus tard Caldara s'illustrera avec la réussitte que l'on connaît à présent). La partition recueille les fruits des Romains Carissimi et surtout Luigi Rossi («Il pecator penito»): souffrances e brûlures du Pécheur, dont les actes de Pénitence et l'apprentissage salvateur des larmes autorisent l'obtention finale du salut de l'âme. Le plan introduit chacune des deux parties par une sinfonia (superbe texture de la deuxième) puis alterne avec une invention poétique propre au Vénitiens, chœurs, récitatifs, dialoghi et arie, là où Scarlatti énumérera ensuite (25 années plus tard) recitativos seccos et arie. Toute la différence éclate rendant lumineux désormais les particularismes stylistiques: foisonnement des voluptés à Venise puis convention à Naples! Le sujet des langueurs et des épanchements de la Foi douloureuse inspire en effet é l'abbé Legrenzi une partition vivante, mystique et sensuelle, dont l'invention assimile Monteverdi et le vocabulaire de l'opéra vénitien: utilisation libre de l'arioso, du récitatif accompagnato, des duos, terzetto et chœur, avec pour conclusion du I, un madrigal a cinque voci dans la pure tradition vénitienne. Les caractères accompagnent la progression dramatique. La première section fait dialoguer les trois protagonistes: le Pécheur (honnête Mario Cecchetti, articulé et autoritaire: doloriste Non si pensi), l'Espérance (Mirchovich un peu limitée), surtout la Pénitence de Roberta Invernizzi dont la voix lumineuse, accentuée et souple exprime les injonctions poétiques et suaves du texte (sublime Or và, Figlio costante). Le deusième volet (plus court) est un chemin de Croix: il raconte l'océan des souffrances du pécheur (chœur des Peines et tourments et intervention des âmes douloureuses). Plus nuancé, le ténor Cecchetti s'y impose davantage. Il est cette âme en paix condamnée à mourir mais élue, promise à la vie éternelle: intervention contrastée du pénitent repenti (pensa a morir, o cor) et des douleurs triomphantes (chœur des Tourments, fulgurant et incantatoire). La performance des chanteurs dans les sections chorales, la tenue très impliqués des instrumentistes soutiennent la qualité de cet inédit. Qu'en feraient à leur tour, Christie, Savall, Alessandrinim, Harnoncourt ou Goebel? Cette interrogation relativise notre notation mais n'affecte en rien dans la production de Legrenzil, la très haute valeur de cet oratorio de la maturité.