Pourquoi Legrenzi est-il tellement absent de la discographie? Le goût du public ou celui des interprètes y est-il pour quelque chose? Cela est parfaitement injuste au regard de l'importance historique et du mérite artistique du compositeur. Il faut découvrir toute la grandeut de ce style qui annonce, plus qu'aucun autre parmi ses contemporains italiens du XVIIe siècle, le baroque tardif. Pour donner vie au sévère sujet théologique du livret, sans la moindre action dramatique, Legrenzi met en valeur tout son savoir-faire di compositeur d'opéra et de musique instrumentale. La partition de «La Morte del cor penitente», ce magnifique oratorio écrit probablement en 1671 à Venise, allie une poignante expressivité vocale à un style d'écriture instrumentale avancé. Un des plus intéressants ensembles baroques italiens de nos jours, les Sonatori de la Gioiosa Marca, s'attache à cette partition avec la même fraîcheur et virtuosité que dans ses formidables enregistrements consacrés à Vivaldi. Optant pour une approche de chambre, il souligne le caractère d'introspection et de recueillement de l'œuvre. Si on peut imaginer une interprétation vocale plus séduisante - bien que Mario Cecchetti défende son rôle avec sensibilié - , l'ensemble mérite toutes les louanges.