25.09.1998

Journal du Jura

Instrument Revisité

Venue d'Orient par l'Espagne, la guitare s'est imposée un peu partout en Europe dès le 16e siécle, grâce à l'engouement de la noblesse, Henri II en particulier à qui l'on doit la première tablature française. Plus tard, Louis XIV accorait sa royale protection à l'instrument, dont il jouait, semble-t-il, avec distinction.

Telle qu'elle se présente de nos jours, la guitare classique doit son existence au luthier espagnol Antonio de Torres (1819-1892). Cette personalité et son œuvre retiennent depuis quelque temps l'attention des historiens de la lutherie et font l'objet d'études approfondies. Les recherches de Torres, et surtout son travail d'artisan, ont en effet permis d'améliorer sensiblement et de diversifier les sons de la guitare, qui lui doit une véritable renaissance. Plus grande que celle du 19e siècle, la guitare de Torres supporte une plus forte tension des cordes, produit des sons plus riches, plus équilibrés. Mais les compositeurs de son époque n'ont pas saisi toute l'importance de ce travail et ce sont les générations suivantes qui se sont servies de ces nouvelles possibilités. Parmis eux, Francisco Tarrega, concertiste virtuose de la fin du 19e siècle en même temps professeur et expérimentateur. Reçu en triomphe à Paris en 1881, il a offert ses créations et ses interprétations à Isabelle II, à Victor Hugo, à Louis Pasteur. Vingt et un de ses Préludes viennent d'être enregistrés par Divox. Ils offrent à l'oreille attentive les fruits d'une recherche sonore aussi étendue que variée. Autre exemple: Miguel Llobet, élève de Tarrega. Un artiste qui réinvente le romantisme au travers d'anciennes méthodes retravaillées, utilisant des harmonies d'une grande délicatesse. Ces douces sonorités s'inscrivent comme un bienfait à notre époque où l'agressivité des décibels ne connaît plus de limites. Les choix de l'interprète sont particulièrement judicieus. La guitare raconte en alternance de ravissante histoires joviales ou langoureuses, graves ou musardes, toujours très lyriques. L'interprète de Tarrega et de Llobet et un Gênois de 40 ans, Stefano Grondona, élève d'Andres Segovia, révélé aux publiques d'Europe, d'Asie ou d'Amerique après avoir remporté les prestigieux concours d'interprétation de Parme, d'Alexandrie, Leed's Castle etc. Engagé au concert, à la radio ou à la télévision, appelé à participer à de nombreuses commémorations, Stefano Grondona consacre son existence à un instrument qui, grâce à lui, retrouve sa vraie place dans la vie musicale.