No. 168 Mai 2003

Répertoire

Délaissant un moment les musiques antiques, médiévales, orientales (ses domaines de prédilection) et la composition, Conrad Steinmann se penche sur le cas Vivaldi, armé de flûtes à bec de toutes tailles. D'ordinaire, on se contente de l'alto et de la sopranino (toutes les deux en fa) selon que les manuscrits indiquent «flauto» ou «flautino», avec une option pour la soprano en do pour ceux qui prennent en compte la mention «gli stromenti trasportati alla quarta bassa» sur les manuscrits de RV 444 et 445. Steinmann, lui, ne voit pas de raisons de laisser au placard ses instruments en mi bémol (très rare!), en sol (à réhabiliter), ainsi qu'une flûte de voix en ré qui orne le Concerto en la mineur RV 108 d'harmonique plus chaleureuses que de coutume. Les avantage techniques (la tonalité déterminant le choix de l'instrument pour un confort maximal) s'accompagnent d'une séduisante diversification des timbres, avec l'argument historique en filigrane. Les initiatives fantaisistes du soliste, tantôt délicieuses (premier mouvement de RV 437, Cantabile di «Cardellino»), tantôt agaçantes (cadence du même «Cardellino», Fantasmi de la «Notte»), trouvent un parfait écho dans les cordes vives et soyeuses de l'Ensemble 41... Oups! j'allais commettre une bévue; il faut dire à ma décharge que le groupe de solistes mené par Chiara Banchini a vraiment la couleur mordorée de l'Ensemble 415, le son profond de l'Ensemble 415, l'aparence délicate de l'Ensemble 415, bref toutes les qualités que l'on aime à entendre chez Vivaldi... Les deux courts extraits de concertos pour cordes sont superbes, et d'autant plus frustrant qu'avec un minutage de 48 minutes, l'éditeur aurait largement pu nous en offrir l'intégralité, et même un autre concerto en sus: bon, l'idée était apparement de meubler les silences entre les concertos pour flûte et de les lier les uns aux autres. Soit. Je ne suis pas certain, en outre, que les gazouillis, chuchotements et autres babillages qui se mêlent d'introduire et de conclure ce programme consituent un indiscutable plus-value artistique. La beauté, la gaité de ce Vivaldi-là suffiront amplement à l'auditeur sensible et avisé.

Serge Gregory