Leur précédent Vivaldi («Le Humane Passioni») était une splendeur. Le nouveau volume confirme: il faut désormais compter avec les Sonatori, ce qui, avec les comparses de Biondi et d'Onofri, commence à faire pas mal de petit monde à caser sur la première marche du podium vénitien. On ne s'en plaindra pas. D'autant que la personnalité des derniers venus complète idéalement le défilé. La virtuosité est proprement diabolique: écoutez la fameuse cadence du troisième mouvement du RV 212, la précision et la rondeur des notes suraiguës. Mais plus que cela, il y a cette sonorité boulversante (entrée du même RV 212, ou «le Repos» RV 270 avec sourdines), ces timbres ontueux dont la palette semble infinie. Mais il y a mieux encore: ce raffinement poétique, cette perfection de diction et de phrasé, cette cohésion sans faille de tous les pupitres, d'une liberté et d'une évidence qui transcende toute idée de travail pour rejoindre la spontanéité supposée de l'écriture. Et surtout, il y a l'archet de Carmignola, un archet d'une liberté rayonnante, rigoureuse et ludique. Plus que la théâtralité de Vivaldi, mise en évidence par Biondi, c'est sa vocalité, son dire, qui semble toucher l'interprète; chacun de ces concertos est un poème, aux images souvent fulgurantes jaillissant d'un texte que l'on sollicite à sa juste mesure, ni trop, ni trop peu. La vélocité est triomphante, mais jamais l'archet ne se laisse emporter par sa volubilité. La maîtrise du discours est permanente et souveraine. Un enregistrement à placer au sommet de la discographie vivaldienne.