Diapason

Vivaldi: le Scandale! - Diapason d'Or

Venise, 1712. La foule ses presse aux fêtes de saint Antoine. Un jeune violoniste flambloyant se donne en spectacle devant un auditoire en pâmoison. Les Sonatori, pour leur troisième disque vivaldien, nous révèlent un Prêtre Roux au bord du scandale.

Giorgio Fava, mentor des Sonatori, qui signe le remarquable texte de présentation, nous convie à un festin des plus exotiques, où le mets de choix est un VIvaldi méconnu et stupéfiant: le jeune virtuose du violon, dont les soli faisaient se pâmer l'auditoire des solennités dont il était l'attraction. On s'ébaudit volontiers, peu soucieux d'exactitude chronologique, devant les prestations restées fameuses des Veracini, Locatelli ou Tartini, en oubliant que celui qui les fit rêver, dix ans auparavant, dès 1710, suscitant vocations et jalousies, était l'élève surdoué de papa Giovanni Battista, Don Antonio, qui réinjecta en Italie du nord le virus du violon virtuose avant tous les autres. Vivaldi fut le vrai successeur de Walther, dont il reprend (inconsciemment?), dans son RV 208 certains tics d' écriture du scherzo al imitatione del cucù. Voici, enfin! pour la première fois restituée, la page fondatrice de ce répertoire, le RV 212 de 1712, joué pour la fête de la translation de la langue de saint Antoine de Padoue. Patiente reconstitution, à partir de manuscrits endommagés ou incomplets. Magnifique Grave en style récitatif rhapsodique. Cadence inouïe du Finale qui atteint sans complexe la douzième position. Une totale frénésie embrase d'ailleurs l'ensemble de l'Allegro. Carmignola, techniquement prodigieux, est d'une précision époustouflante. Le violon est narcissique et démonstratif. Performance gratuite? Certes. Vivaldi invite au spectacle, se donne en spectacle. La cadence qui monte à des hauteurs faramineuses vient tu théâtre. Vivaldi, déjà, scandalise et fascine. Virtuose alla moda, il le fut avant tous les autres. Autre révélation de ce programme passionant, le Largo du Concerto in due cori RV 581, reconstitué à partir du propre matériel joué par Anna Maria, l'élève favorite. Son style ornemental malaxe les formules rythmiques, cultive les harmonies impossibles, défigure sans vergogne des phrases mélodiques que l'interprète moderne oserait à peine toucher. Jamais condensé de technique vivaldienne ne fut réuni avec semblable éloquence, maîtrise parfaite de l'instrument et accompagnement acerbe et engagé. Une réalisation capitale.