C'est sur le manuscript de Luigi Rossi conservé à la British Library qu'Anthony Rooley, instigateur du projet, s'est basé pour concocter ce savoureux éventail de pièces. D'une extraordinaire modernité, explorant jusqu'aux moindres possibilités de l'art compositionel en cette fin de XVIe siècle, celles-ci furent rassemblées par un Rossi dans la fleur de l'âge, témoignant ainsi de la maturité du tout jeune musicien. Autour d'un consort de gambes Renaissance, un instrumentarium léger complète la palette des harmoniques, et dynamise ces œuvres si propices aux expérimentations d'associations sonores. Principaux acteurs de ce disque les violistes de Earle his Viols en donnent une version parfaitement aboutie, respirant avec singulier sens de la ligne et traduisant ici l'essentiel de leur recherche d'un son dense et riche. Les chromatismes et dissonances sont judicieusement soulignés (Canzon cromatica), les diminutions, d'une savante virtuosité, se révèlent souples et naturelles. Et puis, surtout, les instrumentistes sont parvenus, au-delà de la complexité de ces pages, à leur conférer une clarté polyphonique exemplaire, conciliant indépendence des voix et aspect concertant, recherche de la couleur et rendu d'une architecture très construite. Que serait en effet l'expression des formes, sans ce sens du détail qui ne rompt jamais le phrasé? A partir de là, tous les musiciens parviennent à donner l'illusion de la simplicité de ces œuvres que l'on sait d'une insensée complexité. A cette osmose parfaite des cordes se joignent Nishyama et Marcon, pour une intégration fort réussie qui multiplie les resources expressives et dynamise la texture sonore (Susanna passagiato par la viola bastarda, ou Cara la mia vita per la viola bastarda). Evelyn Tubb, quant à elle, accuse un certain manque de véritable ressorts expressifs et de rigueur technique, malgré la clarté d'un discours proprement adapté au style. C'est dommage, car le parallèle entre pièces vocales et instrumentales n'en aurait été que plus évident. C'est aussi le seul détail qui nous retient à ne pas récompenser plus largement un enregistrement qui par ailleurs s'écoute sans fin.