10/1997

Diapason

Diapason d'Or

«...Andrea Marcon, qui accumule les récompenses discographiques dès que ses doits approchent d'un clavier...», écrivait Roger -Claude Travers en pages Actualité du numéro estival de Diapason é propos du claviériste et de ses amis Sonatori de la Gioiosa Marca, vivaldiens sans rivaux. Admirable démonstration à travers ces deux volumes consacrés à l'orgue vénitien ( et au répertoire de toute la Péninsule)). On sait le miracle permanent de l'orgue italien: quelques jeux sur un clavier, une aura inouïe, des œuvres d'un équilibre parfait. «Les Héritiers de Frescobaldi» sont à l'image de cette perfection, qui alternent Piêces graves et denses et œuvres plus légères et chantantes, notamment celles de Bernardo Storace. L'enchantement habituel, mais au centuple: le meilleur de l'orgue italien, de sa science polyphonique et chromatique, pas nécessairement à travers les sommets du répertoire. Marcon donne à chaque phrase un galbe et un élan inimitable, jamais en manque d'invention, variant l'articulation (et plus encore dans les incises répétées) jusqu'à faire du phrasé et de la hauteur des attaques un élément vital, quasi intangible mais bien réél, de l'ornementation et de la glose. A cela s'ajoute un art de la registration d'un suprême raffinement: d'un jeu solo au ripieno, toujours la plénitude. Ce «petit» miracle de lumière, de vie et d'équilibre, c'est aussi au Nacchini (1694-1769) de Trévise qu'on le doit. Considéré comme le père de l'orgue vénitien, Nacchini fut aussi le maître de Callido (1751-1813). Le Principale (8') est peut-être le plus beau que l'on ait entendu - de même l'Ottava (4'), très sollicitée en soliste, la Voce umana ou les merveilleux Tromboncini (régale)... Le fameux Callido du Tempio Monumentale (avec une Violetta Bassi (4') sonnant tel un harmonica de verre) double la mise (claviers) mais sans sonner avec plus de grandeur: le ripieno italien est un et abouti, le nombre des jeux allant dans le sens de la diversité des timbres, du dialogues, sans dispersion. Scarlatti semblera étonnamment grave, Marcon, ayant choisi les sonates les mieux à même de sonner à l'orgue, sur des tempos le plus souvent modérés (nulle perte de vie): la poésie même, à l'écoute du souffle et de l'esprit de la musique. Magnifique. On espère vite la suite de ces orgues de Vénétie: dix CD sont prévus, avec Andrea Marcon pour guide, idéal.