Retour au catalogue de ces Opus 77 par les Amati qui, en 1988, possédaient déjà la précision et l'articulation du Quattuor Mosaïques, mais sans la distance assez glaçante de ces derniers. Ils avaient autant d'appétit que les Kodàly pour cette musique... et cette envie communicative de laisser l'archet mordre dans la corde ne s'exprimait jamais au détriment de la clarté de la polyphonie. On entend ici la force et l'originalité de ces ultimes quatuors achevés par Haydn sans qu'ils soient tirés vers les raucités d'un Beethoven. C'est ainsi que la marche du premier mouvement de l'Opus 77 no. 1 paraît effectivement annoncer le caractère de violence du premier mouvement de la 6e Symphonie de Mahler: analogie souvent citée dans les commentaires musicologiques mais, jusqu'à présent, tout intellectuelle tant elle était insoupçonable à l'audition. Les menuets, quant à eux, sont joués presto, comme noté, avec un irréprochable engagement rythmique, mais n'en deviennent pas pour autant des scherzos: le doux balancement de la danse reste présent sous la folle invention haydienne. Cette constante impression du virtuosité enivrante mais dominée nous vaut un Opus 77 no. 1 qui,à lui seul, pourrait recevoir un 10 de Repertoire. Dans l'autre quatuor, en fa, plus mélancolique, les Amati sont parfois encore un peu prudents (premier mouvement), légèrement raides (Andante). Il n'osent pas encore tout à fait creuser l'expression aussi loin, per exemple, que les Berg dans leurs derniers enregistrement des Opus 76. Ajoutons que les pièces de 1992 (Haller) et 1983 (Vogel) qui ont été placées à la suite de chacun des Opus 77 de Haydn ne s'imposaient guère: l'expressionisme de Haller et, surtout, les dissonances perverses de Vogel ne gagnent rien à être confrontés au classicisme rayonnant de Haydn.